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Remise des Prix de l'Agro 2022

3 prix pour 3 façons différentes d'avoir un impact sur la société

Les lauréats des Prix de l'Agro

Lundi 26 septembre dernier, l'association des Alumni de l'école décernait ses prix de l'Agro à Rennes. Depuis 2013, cette cérémonie permet de mettre à l'honneur des diplômés de l'école ayant des parcours professionnels remarquables.
Cette année, en plus du prix de "l'Agro de l'année", l'association a également attribué un Prix "Jeunes Talents" et un Prix "Talents confirmés".

Retour sur ces 3 parcours qui, chacun à leur manière, incarnent 3 façons d'impacter la société : chacun dans son domaine (la recherche, l’appui aux politiques publiques, la médiation scientifique, le management), est devenu un acteur du changement engagé en lien constant avec leur formation d’ingénieur du vivant.

Pauline Maisonnasse, cheffe de projet au département l'IDMT du CEA, Prix de l'Agro "Jeunes Talents"

De la santé animale, en passant par la vulgarisation scientifique, un parcours fulgurant la propulse à la pointe de la recherche pour lutter contre le Covid-19.

Pauline Maisonnasse intègre l'école en 2009 et s'oriente vers une spécialisation en biologie appliquée aux productions animales et à la santé. Ce premier choix lui permet de faire un stage de fin d'études sur les remèdes pour traiter efficacement la grippe du porc. Cette spécialisation lui ouvre à l'issue de son diplôme, les portes de la recherche en biologie médicale. Elle se lance alors dans une thèse sur les cellules dendritiques du porc et pendant cette période, organise régulièrement des temps de vulgarisation de ses recherches (des conférences grand public et co-créé la chaîne YouTube "Un peu pointu").

Remise du Prix de l'Agro "Jeunes Talents" à Pauline Maisonnasse
Remise du Prix de l'Agro "Jeunes Talents" à Pauline Maisonnasse

Elle rejoint le département IDMIT (Infectious Disease Models and Innovative therapies) du CEA en 2016 comme chargée de recherche. Ses travaux portent alors sur les candidats vaccins du VIH. En 2019, l'épidémie de de Covid-19 la place en 1re ligne dans la lutte contre le virus. Au cours du printemps 2020, alors que la France est confinée, elle pilote les tests pré-cliniques de plusieurs médicaments et vaccins susceptibles d'être employés pour combattre les sur-inflammations pulmonaires consécutives à l'infection par le virus du SARS-CoV-2. Ces expérimentations sont conduites en étroite collaboration avec les médecins des groupes hospitaliers et donnent lieu à des publications dans des journaux scientifiques dont la prestigieuse revue "Nature".

Son diplôme d'ingénieur, les bases de sa réussite

En revenant sur son parcours lors de cette remise de prix, Pauline Maisonnasse a mis en avant les atouts de son diplôme d'ingénieur qui ont contribué à cette réussite :

  • la palette de choix professionnels qu'elle a trouvé : alors qu'elle voulait être vétérinaire, elle a su rebondir au sein de l'école et trouver sa voie.
  • l'acquisition de compétences transversales : dès sa thèse, elle a été en capacité de gérer efficacement un projet et a ainsi pu approfondir sereinement ses connaissances en immunologie.
  • la force du réseau professionnel : à peine arrivée sur Nantes, elle a déjà reçu 2 propositions de postes.

Christophe Guyony, directeur du pôle traiteur LDC Groupe, Prix de l'Agro Talents Confirmés

Le management comme fil conducteur d'une carrière

Son BTSA  (option IAA) en poche, Christophe Guyony intégré l'école en 1991 avec l’ambition de devenir directeur d’un centre de profit agroalimentaire.
Son mémoire de fin d'études porte déjà sur le management et, jeune diplômé, il rejoint en 1996 le groupe Continental Nutrition, société de Pet Food. Il change de fonction régulièrement avec toujours plus de responsabilités managériales. D’abord chef d’équipe, il devient à moins de trente ans responsable de production d’une nouvelle usine Agis et à 31 ans il dirige une usine spécialisée dans la fabrication de plats asiatiques.
Le rachat d’Agis par LDC en 2005 propulse Christophe Guyony vers de nouveaux horizons, en phase avec ses aspirations professionnelles.

Remise du Prix de l'Agro "Talents confirmés" à Christophe Guyony
Remise du Prix de l'Agro "Talents confirmés" à Christophe Guyony

Il souhaite diriger des sociétés et des équipes de salariés toujours plus importantes. Il prend ainsi la direction de l’usine "département produits" élaborés de LDC à Sablé sur Sarthe (1 000 personnes / 200 M€ de chiffre d’affaires).
En 2015, Christophe Guyony devient l’animateur des usines de produits cuits de LDC, une fonction transversale qui l’amène à vérifier la cohérence de la politique industrielle et commerciale de chacune des unités de fabrication des produits cuits du groupe. Ce poste clé lui permet de développer une vision de l’ensemble des activités du groupe.
En 2017, il est nommé directeur d’entreprise des sites Maître CoQ (plus de 3000 salariés). Et depuis 2022 Christophe Guyony dirige le pôle Traiteur de LDC dont fait partie l’usine Agis de Tarare qu’il dirigeait 15 ans plus tôt. 

Trouver les bons modèles pour nourrir tout le monde

Lors de cette remise de prix, Christophe Guyony a rappelé que manager signifie être responsable et savoir assumer les choix stratégiques de l'entreprise. Cette posture doit conduire à accompagner les changement sociétaux et économiques et à mettre en route les nouveaux modèles qui répondront en matière d'alimentation aux besoins de demain.

Christian Huyghe, directeur scientifique d'INRAE, Prix de l'Agro de l'année

Au sommet de la recherche agronomique

Issu de la promotion 1980, Christian Huyghe a fait toute sa carrière de chercheur à INRAE (Institut national de la recherche en agriculture, alimentation et environnement). Depuis 2016, il est directeur scientifique "Agriculture" au siège d'INRAE.  À ce titre, il pilote les programmes sur la transformation agroécologique de l’agriculture et des systèmes alimentaires. 

En intégrant l'école, Christian Huyghe ne pensait pas faire une carrière d’ingénieur à si haut niveau de responsabilité et notamment dans la recherche. Au cours de ses études, Yves Hervé, un enseignant dont l'humanité l'a profondément marqué lui transmet sa passion pour la sélection végétale. Il effectue alors son stage de fin d’études sur la diversité génétique du lupin blanc à la station Inra de Lusignan, ce qui lui ouvre les portes de la recherche agronomique en tant que chargé puis directeur de recherche. 

Il est nommé président du centre régional de l’Inra en Poitou-Charentes en 2007 avant d'être promu dès 2010, directeur adjoint scientifique Agriculture Inra, un poste qu’il a occupé jusqu’en 2016 avant de devenir directeur scientifique. En 2024, il achèvera son second mandat.

Durant toute sa carrière, Christian Huyghe a eu le souci de tisser et d’entretenir des liens avec le monde de l’entreprise et les acteurs de la vie publique. En appui aux politiques publiques, il a notamment porté le programme Ecophyto 2, programme national de réduction de l’utilisation des pesticides ayant conduit en particulier à la mise en place du dispositif des certificats d’économie de produits phytopharmaceutiques.

Une posture réflexive pour analyser l'évolution des liens Agriculture / Société / Environnement

En recevant son Prix, Christian Huyghe est revenu sur son parcours qu'il estime façonné par deux axes essentiels :  l'importance de la valeur du travail et la chance d'avoir pu croiser des personnes remarquables qui l'ont conduit à saisir des opportunités et ont ainsi influencé sa trajectoire professionnelle.

Christian Huyghe a déclaré avoir toujours cherché à explorer des espaces de solutions qui combinent production et protection des cultures au sein de grands plans nationaux (tel le plan Ecophyto). Cette quête l'a conduit à faire part à l'assemblée de son intime conviction actuelle "Nous ne sommes pas encore allés assez loin, nous n'avons pas eu assez d'ambition et nous ne sommes pas allés assez vite sur ces problématiques".

Remise du Prix de l'Agro de l'Année à Christian Huyghe
Remise du Prix de l'Agro de l'Année à Christian Huyghe

 

En cause, selon Christian Huyghe, la question du sens de l'Agriculture, pris dans la globalité de sa définition qui inclut les notions d'environnement et d'alimentation.

Nous sommes marqués par la définition historique de l'Agriculture, à savoir, la fourniture de biens alimentaires. Nous avons ainsi su développer une production de qualité de produits végétaux et animaux et pour laquelle nous avons mobilisé sur tous nos territoires des surfaces considérables tout en augmentant les rendements afin de diversifier notre régime alimentaire.

Souvent, les techniques mises en œuvre ont permis d'atteindre ce résultat au détriment de l'environnement. Nous avons généré ainsi des conséquences dont nous sommes en train de payer le prix : mauvaise qualité de l'eau liée aux excès d'azote, appauvrissement de la biodiversité, changement climatique du fait des émissions massive des gaz à effet de serre.
Par nos pratiques et par nos systèmes agricoles dans lesquels la recherche a joué un rôle considérable, nous avons donc engendré une relation négative entre la Production (biens alimentaires) et l'économie, d'une part, et l'Environnement, d'autre part. Nous avons créé une tension entre un bien privé et un bien commun, tension qui nous a finalement conduits à opposer "Agriculture" et "Société" et, dans un sens plus large que personne n'a voulu voir jusqu'à présent, "Aujourd'hui" et "Demain".

La résolution de cette tension est aujourd'hui majeure si l'on veut que l'Agriculture puisse continuer à parler à la Société et que Demain soit vivable pour nos enfants et petits-enfants.

Certains aspects, telle la question des pesticides, de l'azote, du bien-être animal ont progressé, mais le problème du changement climatique reste le plus complexe. L'ampleur du défi est énorme. L'été 2022 est un faible avant-goût de ce que nous nous apprêtons à vivre. En 2022, la température moyenne du globe est de 1,3°C au-dessus de la moyenne pré-industrielle. Si nous ne faisons rien, en 2100, les prévisions du GIEC (groupement d'experts sur le climat) sont de +4°C à +8°C au-dessus de cette moyenne. L'Agriculture est et sera au premier rang de cette Histoire et si des solutions doivent émerger, elles devront venir de l'Agriculture. En tant que très grande émettrice de gaz à effet de serre (20% des émissions pour 3% du PIB), l'agriculture va devoir s'adapter. Ce sera difficile car aujourd'hui les derniers bilans de la stratégie bas carbone (SNBC3) montrent qu'elle n'est pas au rendez-vous.

Il est donc impératif, selon Christian Huyghe, que collectivement, Agriculture, Société, Entreprises, montent tous d'un cran leurs ambitions. Pour ce faire, les acteurs des politiques publiques doivent modifier le paysage sociotechnique. La recherche doit aussi être capable d'explorer des scénarios beaucoup plus ambitieux, totalement en rupture, en se posant la question des fronts de recherche. La question du changement climatique doit désormais peser aussi lourd que la question économique, c'est le sens de la responsabilité sociale et environnementale. Le monde doit changer, a t-il déclaré avant de conclure par une citation de Nelson Mandela : "Une vision qui ne s'accompagne pas d'une action est un rêve. Une action qui ne découle pas d'une vision, c'est du temps perdu. Une vision suivie d'action peut changer le Monde".

Publié le : 27/09/2022